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Connelly sur le 1er tee avec Martin Kaymer
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Europe 2016

Craig Connelly : un homme simple pour une grande occasion

Alors qu'il se prépare au rôle de caddy pour sa septième Ryder Cup consécutive la semaine prochaine au Hazeltine National, le caddy de longue date de Martin Kaymer, Craig « Wee Man » Connelly a vécu tout ce que la rencontre bisannuelle a à offrir au cours de sa carrière...

Que ce soit en sport, à l'école ou en affaires, l'homme se fait toujours avoir par une bonne vieille montée de pression et il semble que la Ryder Cup n'échappe pas à la règle, comme a pu le constater Craig Connelly au dépens de sa tension et de quelques cheveux gris.

L'Écossais jovial est peut-être un vétéran du plus grand tournoi de golf, ayant participé aux six dernières Ryder Cups, d'abord pour Paul Casey puis pour Martin Kaymer aux trois dernières éditions, il se souvient pourtant avoir eu peur que sa carrière se termine au premier tee à Oakland Hills en 2004.

Jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il était la victime d'une farce de ses coéquipiers.

Connelly a souri : « On se préparait pour le premier match de Paul avec David Howell, deux rookies associés pour la partie en quatre balles du samedi matin contre Jim Furyk et Chad Campbell. Le practice était sur le deuxième parcours à Oakland Hills, qui n'étaient joignables qu'en voiturette, il fallait traverser la route et des habitations.

« Je suis donc parti en voiturette mais quand je suis arrivé sur le premier tee et qu'on était parés pour la partie, j'ai regardé le sac et il manquait le putter.

« Mick Doran, le caddy de David, a tout de suite vu la panique sur mon visage, mais je ne savais pas que Casey lui avait dit "Dis au Wee Man que j'ai pris le putter" avant de partir en avance.

« Mick a tout de suite saisi l'opportunité de me faire marcher et il a dit : "Ouais, Paul a laissé le putter à côté du sac au practice et il a dit qu'il allait aux toilettes."

« J'ai immédiatement paniqué, je ne tenais pas en place et je me disais que je devais y retourner. Évidemment, plusieurs types étaient impliqués avant que Paul ne revienne d'un tout petit green dissimulé derrière le tee avec son putter en main et ne demande ce qui se passait. Tout le monde était plié en quatre et j'ai pu souffler, mais c'était une terrible manière d'entamer notre premier match à la Ryder Cup. »

La terreur de Connelly en marge de sa première participation est plutôt appropriée lorsqu'on prend en compte les événements qui l'ont si soudainement propulsé dans le feu de l'action à la Ryder Cup.

Jusqu'à un mois avant Détroit, il était caddy pour les dames sur le LPGA Tour et on aurait pu comprendre qu'il estimait que ses quelques participations à la Solheim Cup seraient son expérience la plus similaire au plus grand affrontement par équipes du golf.

Il a ensuite reçu le coup de téléphone qui a changé sa vie.

Il explique : « J'avais été caddy pour Paul à Munich quelques semaines avant Oakland Hills pour rendre service, c'est ce que je pensais à l'époque du moins.

« Son caddy et lui souhaitaient se séparer un moment et je me suis dit pourquoi pas ? Cela changerait du Tour des dames. Puis, contre toute attente, trois semaines plus tard, j'ai reçu un coup de téléphone m'annonçant de me rendre à Détroit.

« J'ai soudainement été propulsé dans le plus grand événement, l'un des plus grands tournois sportifs au monde.

« Sa seule taille suffit à vous époustoufler. Lorsqu'on va à l'Open ou au Masters, il y a des dizaines de milliers de personnes sur place, mais aux manches d'entraînement de la Ryder Cup, tout est multiplié par dix car il n'y a que 12 golfeurs et on nous envoie en trois parties en quatre balles. Il y a donc 20 000 personnes qui vous regardent par trou.

« Il y a 12 ans, à ma première édition, j'étais absolument époustouflé. J'avais été caddy à deux Solheim Cups auparavant, ce qui est déjà en grand événement en soi, mais il n'arrive pas à la cheville de la Ryder Cup.

« Puis le fait d'avoir été envoyé en premier pour les simples du dimanche contre Tiger, difficile de faire plus impressionnant que ça. »

Du moins, c'est ce qu'il pensait à l'époque, et qui pourrait lui en vouloir lorsqu'on revient sur la première expérience de rêve de Casey (et de Connelly) sur la plus grande scène du golf.

Malgré son moment de panique à cause du putter, ses premiers pas sur le parcours d'Oakland Hills marqueraient un moment d'inspiration (que le capitaine Bernhard Langer pourrait même qualifier de crucial) pour le triomphe record 18½-9½ de l'Europe à Détroit.

Car c'est la victoire courageuse de Casey et Howell au dernier trou contre Furyk et Campbell qui a étouffé l'élan grandissant des États-Unis, qui tentaient de revenir après une première journée dominée par l'Europe.

Connelly se souvient encore de l'énergie positive qui régnait dans les rangs de l'équipe de Langer, particulièrement pour l'homme qui est aujourd'hui chargé de mener l'équipe européenne actuelle à Hazeltine.

Connelly a ajouté : « C'était un résultat énorme. Nous étions à égalité avec deux trous à jouer lorsque Howler a frappé un excellent coup au 17è pour remporter ce trou, puis nous avons partagé le dernier trou pour gagner la partie avec un coup d'avance.

« Je pense que Clarky a dit plus tard que Lee Westwood et lui se préparaient à jouer l'après-midi et que ça l'a motivé de voir ça. Il s'est dit "les jeunes ont bien joué, donc on va en faire de même."

« Ça leur a donné de l'entrain. »

Lors de la dernière journée, la défaite 3 et 2 de Casey contre Woods n'a fait que retarder l'inévitable victoire écrasante de l'Europe.

À la tombée de la nuit à Détroit, Connelly et les autres caddies étaient assis en cercle sur une pente donnant sur la cérémonie de clôture et ils ont levé leur bouteille de bière et applaudi lorsque le capitaine Langer les a remerciés lors de son discours de la victoire.

Quand il y repense, l'homme de 39 ans admet qu'il n'aurait jamais imaginé que ce n'était que le début de grandes aventures à venir. Et certainement pas sa cinquième Ryder Cup à Medinah en 2012, lorsqu'il a participé à l'un des plus grands retours de l'histoire du sport.

Martin Kaymer avait remporté son premier titre en Grand Chelem, l'US PGA, deux ans auparavant, mais lorsqu'il est arrivé à Medinah, sa forme et sa confiance avaient pris un sérieux coup.

Samedi soir, on aurait pu en dire autant au sujet de l'espoir du reste de l'équipe alors que José Maria Olazábal essayait de remonter le moral de ses troupes afin de rattraper un retard de quatre points avant les simples de la dernière journée.

Connelly sourit aujourd'hui lorsqu'il repense à l'état d'esprit défait de Kaymer ce samedi-là, qui n'aurait jamais s'imaginer que tout dépendrait de lui.

Il explique : « Martin l'avait dit lui-même, il n'était pas en forme et il était très déçu d'avoir été mis sur la touche samedi. C'est une horrible sensation, on ne peut rien y faire. Ce n'est quasiment pas la peine de s'entraîner car tout ce qu'on peut faire, c'est de prendre son pompon et d'aller encourager son équipe.

« J'ai donc essayé de lui remonter le moral pour le lendemain. Samedi soir, nous étions battus 10-6 mais nous sommes retournés aux vestiaires avec une pointe d'espoir grâce au superbe finish de Poulter et Rory, battant Zach Johnson et Jason Dufner au dernier green.

« Puis on apprend qu'on joue en avant-dernier et le moral retombe, on se demande si on va jouer tout simplement pour compléter l'équipe. On croit toujours qu'on peut remonter, mais on se demande tout de même si ce n'est pas peine perdue.

« Puis on se réveille dimanche matin, on porte la silhouette de Seve sur la manche et vous connaissez le reste de l'histoire.

« Les gars ont commencé à fond, inscrivant des points pour l'Europe. Je me souviens être arrivé au 15è trou et Jose Maria s'est approché de Martin et a dit : "je me fiche de savoir comment tu t'y prends, mais il nous faut ce point."

« Martin s'est donc exclamé "c'est vrai, allez, c'est parti." Nous contrôlions la partie, avec un coup d'avance lorsqu'il a atterri dans le bunker depuis le tee.

« Il a ensuite joué le fer huit vers le green et il a eu de la chance car la balle est légèrement partie vers la gauche et elle semblait se diriger vers le bunker à gauche du green avant de tourner à droite, atterrissant à 25 pieds du trou pour birdie.

« On s'est alors dit : "ok, à toi de jouer Steve' (Stricker) et il a joué trop long, lui laissant ainsi un putt vraiment compliqué. On se dit ensuite que s'il inscrit ce putt, bien joué, mais qu'il reste vraisemblablement deux putts pour partager le trou, gagner la partie et conserver la Ryder Cup.

« Puis Martin tire trop fort et dépasse de trou de six pieds et je pense "Sérieusement ?" Après la semaine qu'on a eue, ça en vient à ceci et il te reste six pieds. Mais on pouvait voir dans les yeux et le comportement de Martin qu'il n'allait pas rater le putt.

« Il m'a dit qu'il fallait simplement aller un peu vers l'intérieur à droite, monter et boum. On n'aurait pas pu demander pour un putt plus simple.

« J'ai ensuite baissé les yeux vers ma manche, j'ai vu Seve et j'ai regardé vers le ciel en pensant : "Si tu es là-haut et que tu nous regardes..." Puis il a inscrit le putt.

« On pouvait voir à la réaction de Martin ce que ça signifiait pour lui. Puis je ne l'ai plus vu pendant 40 minutes car il était parti pour fêter ça !

« Et moi, je suis resté là avec le drapeau et son adversaire, "Steve, merci pour la partie. Il est parti, désolé."

« Puis tout le monde a couru sur le green et je me disais : "ça suffit, que tout le monde recule car il reste une partie à jouer."

« J'ai ensuite fini par trouver Martin, je l'ai pris dans mes bras et c'était tout. Puis on a fait la fête.

« C'était génial, mais ce dont je me souviendrai toujours, c'est de la concentration de Martin pour ce putt. Il n'allait surtout pas manquer l'opportunité d'être là pour l'équipe et pour lui-même après la semaine que nous avions eue.

« C'était sa manière de dire "ça a peut-être été une semaine difficile jusqu'ici, mais je suis doué pour ce sport." »

C'est un privilège pour tout le monde d'être au cœur d'un tel moment mais pour un fier Écossais, son implication à la Ryder Cup suivante, à Gleneagles, était encore plus importante.

L'un des secrets du succès de l'équipe européenne, c'est l'unité légendaire qui règne au sein du groupe, des joueurs et vice-capitaines aux caddies et au personnel de l'European Tour. Ils ont tous un rôle à jouer et sont appréciés en tant que coéquipiers dévoués à une même cause.

Mais lorsque Connelly a entendu des fans chanter une chanson qui parlait de lui sur le premier tee, il savait que les choses avaient pris une proportion irréelle.

Il sourit : « C'était embarrassant, on leur fait signe par politesse, mais c'était tout simplement irréel.

« Mais cette première matinée à Gleneagles était tout simplement incroyable. Tout le monde dit qu'on essaie de s'y préparer, mais rien ne peut vous préparer à l'ambiance qui règne au premier tee. C'est vrai.

« On regarde le fairway depuis le tee, et ça grouille de spectateurs. C'est incroyable, on pouvait ressentir le sol vibrer sous les acclamations. L'ambiance était électrique.

« Il n'y a rien d'autre qui soit comparable à la Ryder Cup en golf. C'est l'événement qui ressemble le plus à un match de football en golf.

« Je ne peux pas m'imaginer ce que ça fait pour les golfeurs de manquer un coup, mais les caddies ressentent le stress, eux-aussi, bien que ça soit plus l'excitation que les nerfs, je pense. Puis, lorsqu'on marche vers le premier fairway, c'est parti.

« Dans les situations intenses comme ça, il est bon de savoir qu'on est entourés de personnes qui ressentent la même chose.

« Depuis l'instant où je suis arrivé à Oakland Hills pour ma première Ryder Cup, j'ai le sentiment de faire partie de l'équipe. On a l'impression de faire partie de l'équipe depuis le départ, à même titre que les golfeurs.

« Nous sommes tous intégrés, sur le parcours mais aussi en dehors. À Gleneagles, nous étions tous assis ensemble dans la même pièce, et c'est le cas depuis plusieurs années. Il y a des kinés du Tour présents et les caddies peuvent faire appel à eux si nécessaire. On est gâtés. Tout est préparé pour nous, rien n'est laissé au hasard.

« On fait tous partie de la même grande équipe. »

EUAN MCLEAN RÉDIGE POUR LE MAGAZINE OFFICIEL DE LA RYDER CUP 2016 - DISPONIBLE ICI.