La capitaine Clarke

Europe 2016

Cœur de lion : le capitaine Clarke

Le souvenir, pour Darren Clarke, est sculpté dans le granit : inoubliable, indestructible, indélébile, éternelle.

« L'attente a été longue jusqu'aux matchs d'ouverture, et lorsque le grand jour est finalement arrivé, Je n'avais aucune idée de ce que j'allais faire ni comment j'allais m'y prendre. Je me lançais vraiment vers l'inconnu, mais c'est devenu l'une des expériences inoubliables de ma vie et je suppose que c'est le cas de nombreuses personnes qui y ont assisté. »

En automne 2006, au K Club de County Kildare, en Irlande, M. Clarke, favoris à domicile, s'avançait sur le premier tee de la 36è édition du célèbre tournoi bisannuel, quelques semaines seulement après avoir perdu son épouse Heather suite à un cancer.

« Je n'avais jamais rien entendu de semblable au tonnerre d'acclamations sur le premier tee ce vendredi matin-là, il ne sera égalé, mais pas dépassé, que cinq ans plus tard lors de ma victoire à l'Open britannique, écrivait Clarke dans le Telegraph quelques années plus tard. « Lorsque je me suis avancé, j'ai été accueilli par un tonnerre d'acclamations.

« Vint ensuite le moment de taper la balle. Je ne savais pas du tout si j'allais faire un slice, un hook, la taper trop longue ou trop courte, ou tout simplement la toucher. C'était un moment irréel, car après le bruit assourdissant, j'aurais pu entendre une mouche voler.

« Dieu seul sait comment, mais je l'ai parfaitement envoyée dans la bonne direction sur plus de 300 yards. Aucun coup ou trou n'aurait pu être plus difficile que celui-là .

« Il me restait encore 123 yards jusqu'au trou et je ne savais pas exactement ce qui allait se produire. Mes pensées se bousculaient. Ne tape ni trop fort, ni trop doucement et ne rate pas ton coup. Je l'ai jouée avec un wedge pour atteindre les 15 pieds.

« Là, je savais exactement ce qui allait se passer. Je savais que j'allais réussir le putt. J'aurais pu fermer les yeux, regarder la foule, faire n'importe quoi, mais une chose était sûre, la balle finirait dans le trou. Elle rentrera. Elle est rentrée. »

Sélectionné par le capitaine de 2006, Ian Woosnam, en tant que wild card, M. Clarke a assuré trois points et autant d'égalités pour l'Europe sur le sol irlandais, en rejoignant Lee Westwood pour battre Phil Mickelson et Chris DiMarco ainsi que Tiger Woods et Jim Fuyrk en fourball. Il battra aussi Zach Johnson 3 et 2 en simple.
L'image de Woosnam levant la main de Clarke en pleurs sur le 16è green dimanche au K Club reste l'un des grands moments du tournoi très émotionnel.

Sur les rives de la Liffey, non loin de Dublin, la compétition de 2006 sera la cinquième et la dernière participation de Clarke à la Ryder Cup en tant que joueur, pour un total impressionnant de 11 points et demi remportés en 20 matchs arborant le bleu européen.

Le partenariat de le Nord-Irlandais avec son compatriote et ami de longue date M. Westwood s'est avéré efficace, seul le duo légendaire de Steve Ballesteros et José Maria Olazábal a remporté plus de matchs (11 contre six pour Clarke et Westwood).

Toutefois, quatre ans après le K Club, M. Clarke réapparaitra à la Ryder Cup en tant que vice-capitaine sous Colin Montgomerie au Celtic Manor, où l'Europe battra les États-Unis 14½-13½, et il a également obtenu de l'expérience au sein de l'équipe de préparation sous Olazábal lors du Miracle de Medinah en 2012.

Sept fois impliqué dans la compétition unique en match-play, six fois champion, M. Clarke est direct et franc et c'est un pur gagnant.

Homme viril, réputé pour son esprit sarcastique et son cran, M. Clarke sait intéresser et divertir, inspirer la passion et le respect, et être une source d'inspiration et d'intensité.

Aussi à l'aise avec une pinte de Guinness qu'avec un verre de claret raffiné et bien souvent accompagné d'un cigare cubain, M. Clarke a toujours apprécié les bonnes choses de la vie.

Inversement, l'homme de 46 ans est tout aussi satisfait de sa simple vie chez lui, à Portrush, à pêcher à la mouche ou à passer du temps avec ses fils Tyrone et Conor.

Largement soutenu par les membres de l'équipe triomphante à Gleneagles avant la décision de mercredi, on sent que ce moment est celui de Clarke. Bien qu'il reste absolument un homme qui aime s'amuser, il a récemment adopté une nouvelle approche physique et mentale.

Un an après le plus grand triomphe de sa carrière personnelle avec son unique victoire de Grand Chelem à l'Open britannique, au Royal St Georges, M. Clarke a épousé Alison Campbell en 2012, trois ans après avoir été présentés par son compatriote Graeme McDowell, alors qu'un régime strict et beaucoup de sport lui ont permis de perdre 25 kilos en quelques mois à peine.

Désormais, en plus de sa grande personnalité, M. Clarke possède des gros bras et un cœur encore plus gros, qui lui permettra de mener la lutte à Hazeltine dans un peu plus de 19 mois.

« C'est un immense honneur et un énorme privilège que de marcher dans les traces de tant de grands capitaines européens et j'espère simplement que je ferai aussi bien qu'eux », a déclaré M. Clarke peu de temps après avoir appris qu'il avait été désigné en tant que capitaine par un groupe dirigé par George O'Grady, directeur exécutif de l'European Tour, et complété par David Howell, membre du Comité du tournoi, et les anciens capitaines Montgomerie, Olazábal et Paul McGinley.

« La Ryder Cup est une grande part de ma vie et de ma carrière pour différentes raisons. Principalement le K Club, où j'ai vécu une compétition très chargée d'émotions. Aujourd'hui, ma nomination en tant que capitaine de l'équipe européenne est un immense honneur, équivalent à tout autre accomplissement de ma carrière. Elle arrive en haut de la liste.

« Je suis très fier et touché d'avoir été sélectionné en tant que capitaine pour la Ryder Cup, et je ferai tout mon possible afin d'être bénéfique pour l'équipe européenne. »

Ayant reçu l'honneur de faire suite à Sam Torrance, Bernhard Langer, Montgomerie, Olazábal et McGinley, qui ont offert six victoires de la Ryder Cup à l'Europe depuis le début du siècle, M. Clarke tentera de leur emboîter le pas dans le Minnesota en septembre 2016.

Et si cet événement courageux et héroïque d'il y a neuf ans nous donne un indice, une chose est certaine avec Clarke, le guerrier, Cœur de Lion, c'est qu'il ne sera pas intimidé par la tâche à accomplir et qu'il ne reculera pas.

Pour Darren Clarke, le nouveau capitaine européen, un nouveau chapitre s'ouvre.