Top News
Phil Morbey
Top News

2018 Europe

La Ryder Cup : Le Caddie

Quand on parle de la Ryder Cup, il y a quelques caddies qui ont été au cœur des hauts et des bas des affrontements entre l'Europe et les Etats-Unis. Parmi eux, Phil Morbey.

Surnommé « Wobbly » par ses paris, le caddie de 53 ans originaire de Selby dans le North Yorkshire, a été caddie lors de huit Ryder Cups entre 1987 et 2010. Il a aussi été dans les cordes à Brookline en 1999 et à Hazeltine en 2016. Il en est à sa 37e année sur le circuit, il a remporté 41 victoires avec neuf joueurs différents, y compris une victoire aux Masters en 1991 quand il était sur le sac de Ian Woosnam.

Et c'est avec Woosnam qu'il a fait ses débuts en Rycer Cup il y a 31 ans, dans des circonstances improbables, le destin sans doute. 

Quel est votre premier souvenir en Ryder Cup ?
« J'ai commencé à caddeyer en 1981 et pour être honnête, je ne pensais pas vraiment à la Ryder Cup. Puis en 1985, j'ai été spectateur au Belfry quand nous avons battu les Etats-Unis alors qu'ils étaient vraiment au top. C'était la première Ryder Cup auquelle j'assistais et c'est génial. Je me souviens de Woosie et Sam (Torrance) sautant partout pour célérer leur victoire. »

Et votre première fois en tant que caddie à la Ryder Cup ? 
« C'était en 1987 et j'ai eu de la chance de travailler avec Woosie. Je n'étais pas supposé y aller avec lui car j'étais avec Howard Clarke qui était déjà qualifié. Woosie était venu me voir plus tôt dans l'année pour savoir si je voulais travailler avec lui et je lui avais répondu que j'allais déjà à la Ryder Cup avec Clarke.
A ce moemnt là, Woosie n'était pas qualifié et j'ai écarté sa proposition. Finalement, howard et moi avaons mis un terme à notre collaboration et Woosie est revenu me voir juste avant la Ryder Cup. C'est vraiment l'exemple type d'être au bon endroit au bon moment.
L'équipe était fantastique. Tant de joueurs magnifiques et d'histoires incroyables toute la semaine. J'ai tant de souvenirs de cette semaine, en particulier la danse d'Ollie sur le dernier green. C'était vraiment incroyable d'assister à cela.

Et dans le salon de l'équipe, quelle est l'ambiance ?
« Billy Foster et moi même sommes les premiers à donner de la voix quand il s'agit de chanter ou danser dans les vestiaires. Au Celtic Manor, Billy et moi avons entonner quelques chansons et les joueurs ont suivi, cela montre les bonnes relations en joueurs et caddies, en particulier pendant la Ryder Cup.

Je crois que nous sommes parmi les caddies, ceux qui tentent toujours de rester positif et d'encourager caddies et joueurs en cas de perte de match. Bien sûr, cela blesse toujours de s'incliner en match alors on essaie de magnifier chaque point gagné pour l'équipe.

Nous voyageons souvent ensemble caddies et joueurs pour nous rendre à la Ryder Cup. On reste ensemble et cela contribue à la cohésion d'équipe. Bien sûr, il y a toujours de fortes personnalités mais pendant la Ryder Cup, chacun devient un co-équipier. Les joueurs ont l'habitude de jouer pour eux-même mais l'esprit d'équipe devient plus fort dès qu'ils sont réunis pour la Ryder Cup.

L'Europe a réussi à construire quelque chose de très fort de ce côté là lors de ces 25 dernières années. Les maîtres-mots sont camaraderie et esprit d'équipe.

Cette camaraderie a fait défaut aux Etats-Unis jusque récemment. Je ne me souviens pas en quelle année mais je souviens que les 12 joueurs américains étaient arrivés chacun de leur côté par un vol différent.

Cela a changé quand on voit Rickie Fowler, Jordan Spieth et leur bande de copains ensemble. Ils sont vraiment bons mais et je crois qu'ils ont enfin cultivés cette amitié qui peut vraiment être un élément capital en Ryder Cup, dans les vestiaires et sur le parcours.

Quel a été votre moment préféré dans les cordes à la Ryder Cup ?
« Je crois que c'est en 2006 sous le capitanat de Woosie alors que j'étais le caddie d'Olazabal. C'était vraiment une semaine particulière pour moi car j'avais été sur le sac de Woosie 6 fois en Ryder Cup et là, il était à la tête de l'équipe. En six participations avec Woosie, nous n'avons jamais gagné en simple. Nous avans partagé le match deux ou trois fois mais jamais de victoire. Le dimanche avec Ollie, nous sommes sur le 14e green, 2 up et il était à 10-12 mètres du trou face à Phil Mickelson qui avait lâché son coup à gauche.

Ollie a fait un très joli putt et Mickelson lui a donné le suivant pour le par. Mickelson fait son approche et se met à un peu moins d'un mètre du trou. Ollie me demande, - Tu en penses quoi, je lui donne ou pas ? - et je me souviens lui avoir dit de lui donner. Ollie avait gardé à l'esprit un putt que Mickelson lui avait donné sur le trou n°2. Mais je lui ai dit - Tu connais mes statistiques en simple, si tu lui donnes ce putt et que nous ne gagnons pas, je ne t'adresse plus la parole.- Ollie lui a donné le putt et s'est tourné vers moi en me disant -Fais-moi confiance.-. Il n'a pas raté un coup le reste du match et nous avons gagné 2&1. C'était une journée forte en émotions pour moi, gagner en simple et gagner le tournoi le dimanche, très fort.

Et parmi les décisions prises sur le parcours, un souvenir en particulier ?
« Absolument, un de mes moments les plus mémorables étaient à Valderrama en 1997. Je caddeyais Woosie et nous jouions avec Thomas Bjorn. Je crois que nous étions au trou 17. Thomas est là, c'est sa première Ryder Cup et moi j'en avais fait quatre. Son caddie, Martin Gray et Thomas n'étaient pas trop sûrs du club à jouer. Ils hésitaient entre un fer 3 pour aller au green ou pour se placer devant. Je suis intervenu et j'ai dit à Thomas - Tu as combien pour le green ? - Et il m'a dit qu'il avait 200 mètres pour le drapeau. Je lui ai alors dit - C'est un fer 3 tous les jours ! -.
Martin, son caddie était un peu nerveux car c'était aussi sa première Ryder Cup. J'ai alors dit : - Thomas, c'est le club, un fer 3, maintenant, joue-le ! -. Il est allé à sa balle, a pris son fer 3, a fait un swing parfait et la balle est parti tour droit au drapeau. Il s'est mis à 10 mètres, a fait ses deux putts. Par la suite, j'ai bossé pour Thomas lors de trois ou quatre occasions et il me dit toujours : - C'est le plus beau choix de club que tu m'aies fait faire et tu ne bossais même pas pour moi ! -.

Parmi les fêtes après victoires en Ryder Cup, laquelle vous a été la plus mémorable ?
Sans aucune hésitation celle de 2006. Le public irlandais est incroyable. On peut parler de nombreuses pintes de Guiness bues entre les joueurs et les caddies cette nuit là. Nous avons fini dans la tente du village au K Club, quelques joueurs et quelques caddies. Je me souviens de David Howell essayant d'imiter l'incroyable Hulk en gonflant ses muscles. Les boutons de sa chemises ont sauté et celle ci a fini déchirée dans la foule. Certains joueurs ont marché sur les fans qui les portaient au dessus de leurs têtes, tout le monde était debout sur les tables en buvant des Guiness, c'était incroyable.
J'ai beaucoup de souvenirs mais peu comme ceux-là où les spectateurs ont pu partager le succès de leur équipe avec les joueurs. Au final, nous n'étions plus que 5 ou 6 et la Guiness coulait à flots.

Et cette année au Golf National, comment voyez-vous le déroulement des matchs ?
« L'atmosphère va être incroyable ! C'est un très très beau parcours. Tout peut arriver, en particulier dans les foursomes et les simples sur les quatre derniers trous. On a pu le voir lors du HNA Open de France cette année. J'ai caddeyé Chris Wood et nous étions quatre ou cinq à pouvoir gagner avant le trou 15. Imaginez ce que ce sera s'il y a 4 voire 12 matchs qui vont jusque là. Cela sera génial, et du point de vue des spectateurs, c'est comme dans un stade, on peut tout voir. Je pense que ce sera le plus beau panorama que la Ryder Cup n'ait jamais offert. Et les deux équipes s'annoncent très forte de part et d'autres. »