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L'Américain Rickie Fowler s'entraîne sur le practice avant la Ryder Cup 2016 au club de golf de Hazeltine National le 27 septembre 2016, à Chaska, Minnesota.
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USA 2016

Les joueurs de la Ryder Cup disent que jouer pour son pays au lieu de pour l'argent change l'état d'esprit

Tom Lehman, originaire du Minnesota, a remporté le British Open 1996. C'est le seul joueur depuis l'immense Bobby Jones à avoir participé dimanche dernier au groupe final de l'U.S. Open pour la quatrième année consécutive.

Mais rien ne l'a autant impressionné que sa première Ryder Cup en 1995, lors de la session d'ouverture du vendredi matin au club de golf d'Oak Hill dans le nord de l'État de New York. Mené une partie en coups alternés contre le fantastique Nick Faldo et Colin Montgomerie qui représentaient l'Europe, Tom Lehman s'est tourné vers son coéquipier Corey Pavin pour lui dire : « Je n'arrive pas à respirer. »

Fort de trois participations à la Ryder Cup et champion de l'U.S. open couronné trois mois plus tôt, Corey Pavin a simplement conseillé à Tom Lehman de se concentrer et de jouer son swing.

« C'est assez basique, reconnaît Tom Lehman. Il m'a offert un excellent conseil qui m'est toujours utile aujourd'hui. »

Tom Lehman et Corey Pavin remportèrent cette rencontre mais les États-Unis perdirent à domicile ce week-end là. L'été suivant, Tom Lehman remporta son premier et unique championnat de grand chelem et ce n'était pas une coïncidence.

« Cela ne fait aucun doute que si l'on est capable de faire face à la pression d'une Ryder Cup, on peut affronter sans problème la pression d'un grand championnat » affirme Tom Lehman, vice-capitaine de l'équipe américaine qui joue cette semaine au club de golf de Hazeltine National.

Maintenant, en 2016, les membres de l'équipe américaine Jordan Spieth, Zach Johnson et Jimmy Walker reconnaissent aussi l'importance de l'épreuve de la Ryder Cup, où ces multimillionnaires s'affrontent non pour l'argent mais pour une cause plus grande, qui les a aidés à remporter des grands championnats.

C'est une compétition entre équipes sur trois jours en match-play au format unique, qui offre un spectacle hors du commun. Ici, ce qui importe c'est le nombre de trous emportés plutôt que les coups individuels. C'est là que les meilleurs joueurs des États-Unis et d'Europe jouent pour leur coéquipier, leur capitaine, leur équipe, leur famille, leur pays.

Pour Ben Crenshaw, qui a participé trois fois et a été capitaine en 1999, « La Ryder Cup, elle vous touche au plus profond de votre être ».

L'événement influe sur les comportements

Jordan Spieth a participé à sa première Ryder Cup il y a deux ans, en Écosse. L'an dernier, à 21 ans, il a remporté les Masters et l'U.S. Open à la suite et réalisé de belles performances au British Open et au PGA Championship.

« La Ryder Cup en 2014 m'a préparé pour ce qui s'est passé en 2015, déclare Spieth. J'avais l'impression que chaque trou que j'y jouais était l'un des neuf derniers d'un grand championnat. Il y a tellement de passion, d'intensité là-bas. Rien ne vaut la Ryder Cup. »

Rien ne vaut non plus le premier tee de la Ryder Cup, le vendredi matin. Plus de 15 000 fans vont se retrouver autour du premier trou de Hazeltine, du tee au green, à l'aurore. Tous les deux ans, les fans américains comme européens font de la compétition un moment patriotique, visuellement et dans l'agitation sonore, qui n'a rien de comparable dans ce sport connu pour ses coutumes feutrées.

« L'énergie de la foule vous influence tellement ! explique l'Européen Justin Rose, champion olympique et de l'U.S. Open qui participe à sa troisième Ryder Cup. La pression est tellement forte qu'elle vous pousse à vous replier sur vous-même et à faire appel à tout votre savoir-faire, à toutes vos capacités, simplement pour surmonter cette semaine-là. Vous devez donner le meilleur de vous-même.

« Le niveau de jeu en Ryder Cup ne cesse de m'étonner. »

Le capitaine de l'équipe européenne, Darren Clarke, se rappelle de ce que lui avait dit Sam Torrance, joueur expérimenté, avant se débuts en 1997, que le premier tee shot en Ryder Cup, c'est comme votre premier enfant.

« Vous ne pouvez pas vous imaginer de quoi il s'agit avant de l'avoir vécu, et il avait raison. « Peu importe ce que l'on vous dit. C'est l'endroit le plus intimidant où je me suis jamais trouvé en tant que golfeur. Le premier tee shot de la Ryder Cup, c'est l'ambiance la plus électrisante de notre sport. »

En 2014, même le légendaire Ivor Robson, qui faisait l'ouverture du British Open s'est montré affecté. Il présenta le vainqueur de l'U.S. Open 2012 Webb Simpson comme Bubba Watson pour commencer la matinée du vendredi et Webb Simpson ne réussit à envoyer son drive qu'à 190 yards sur le fairway.

« C'était le premier coup de la Ryder Cup, expliquait Bubba Watson ce jour-là, en parlant de Ivor Robson. Lui aussi était nerveux. »

Le capitaine américain, Davis Love III décrit la Ryder Cup dans l'ensemble « comme le dernier putt pour remporter l'U.S. Open, mais qui durerait trois jours. »

Pour Jim Furyk, qui a participé neuf fois à la Ryder Cup, les joueurs sont trop effrayés de ne pas être à la hauteur de leurs coéquipiers.

« Ou vous pouvez aussi dire "j'ai tout cet appui, nous allons nous soutenir mutuellement, explique Jim Furyk, qui participe cette année comme vice-capitaine. Certains ne voient pas les choses du bon côté. »

L'heure est au changement

La Ryder Cup n'a pas toujours été ce qu'elle est aujourd'hui.

Si Jack Nicklaus pouvait choisir, ce serait toujours comme à l'époque où il en a joué six, de 1969 to 1981 et a été deux fois capitaine de l'équipe américaine. À cette époque Jack Nicklaus a déclaré que l'important c'était les quatre grands championnats, et qu'ils le sont toujours.

« La Ryder Cup s'annonce comme un fabuleux événement, une compétition fabuleuse. C'est pour le plaisir de gagner. C'est fait pour s'amuser. En tant que capitaine, je n'ai jamais mis la pression à mon équipe. Je voulais qu'ils soient là parce que cela leur plaisait. Qu'ils gagnent ou pas, cela ne me semblait pas très important. Bien sûr, je voulais que l'on gagne. Ce qui comptait, c'est ce que l'on faisait pour le golf. »

Bien sûr, l'équipe américaine a gagné à chaque fois que Jack Nicklaus a participé, sauf une, et cette fois là, ils ont terminé à égalité. Tout a changé dans les années 1980, lorsque des joueurs de toute l'Europe sont venus se joindre à une équipe jusqu'ici exclusivement de Grande-Bretagne et d'Irlande.

L'Europe a remporté quatre des sept Ryder Cup organisées de 1985 et 1997, tandis qu'une autre s'est terminée sur une égalité. Lorsque les États-Unis ont remporté la « guerre sur le rivage » à Kiawah Island en Caroline du Sud au début des années 1990 et réalisé une superbe remontée le dimanche au club de golf près de Boston à la fin de cette même décennie, la Ryder Cup vibrait de compétition et de patriotisme. Elle avait été promue au rang de ce que Kenny Perry, qui y a participé deux fois, appelle « l'un des plus grands événements sportifs qui soient. »

Les Américains ont remporté 21 des 25 premières Ryder Cup, à partir de 1927. Depuis 1985, l'Europe a remporté 10 des 15 compétitions, alors même que l'équipe américaine compte souvent dans ses rangs des joueurs mieux classés au niveau mondial.

« Pour la Ryder Cup, chaque joueur doit affronter ce premier tee shot et les résultats passés ne pèsent rien dans cette situation, raconte Darren Clarke. Vous devez rester là et être excellent. »

Les deux plus grands golfeurs de leur génération, Tiger Woods et Phil Mickelson, ont tous les deux perdu en Ryder Cup alors que des Européens qui n'ont jamais remporté un grand championnat se sont montrés excellent avec leur précision et leurs putters, malgré une pression incroyablement élevée.

On peut par exemple penser à Colin Montgomerie, Lee Westwood, Ian Poulter et Sergio Garcia.

« Je ne sais pas, je crois que l'on est fait pour cela ou pas, témoigne Colin Montgomerie, qui a été capitaine de l'équipe européenne et à obtenu des résultats de 20-9-7. « Peu de joueurs cherchent à se soustraire à la pression de la Ryder Cup. C'est ce que je voulais. J'ai adoré. Je me suis fait plaisir. Poulter se fait plaisir, Garcia et Westwood aussi et je crois que plusieurs membres [de l'équipe américaine] aussi : Paul Azinger adorait ça, tout comme Corey Pavin. »

Martin Kaymer, choix du capitaine européen, a déclaré que sa première Ryder Cup en 2010 l'avait « beaucoup intimidé », que « c'était trop ». Deux ans plus tard, il a appris à utiliser cette énergie pour améliorer son jeu, à tel point qu'il a joué le putt gagnant lors d'une remontée dans les simples du dimanche de 2012 à Medinah, près de Chicago.

Rory McIlroy raconte qu'il n'était « pas du tout à l'aise » la première fois en 2010, « simplement pas à l'aise » en 2012 et « plus ou moins à l'aise » en 2014.

« Vous éprouvez des choses que vous n'avez encore jamais éprouvé » raconte-t-il.

Surtout si vous êtes du côté des vainqueurs.

« Fêtez la victoire en équipe, rien n'est plus agréable, confirme Justin Rose. Le soir où nous avons réussi cette remontée spectaculaire à Medinah a été l'une des meilleures soirées de ma vie. On avait la sensation de faire partie de quelque chose d'incroyable. C'est l'équipe qui a réussi. C'est le moment où l'on commence à partager avec les coéquipiers des histoires, des sentiments, que l'on garderait normalement pour soi.

« C'est ce qui rend cette compétition absolument incroyable je dirais. »

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Cet article a été rédigé par JERRY ZGODA, du Star Tribune, et une licence a été légalement obtenue via le réseau d'éditeurs NewsCred.